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Janvier 2026 : un début d'année marqué par le retour de la tension et du risque

Rédigé par Kuartz | 13 févr. 2026 14:16:34

Si décembre nous avait laissé un goût de répit relatif avec des prix contenus et une certaine douceur de marché, janvier 2025 nous rappelle brutalement à la réalité de la saison froide. Ce premier mois de l'année ne marque pas seulement un changement de calendrier, mais une véritable rupture dans la dynamique des marchés de l'électricité.

Pour les acteurs de la filière, qu'ils soient développeurs, producteurs ou agrégateurs, ce mois de janvier agit comme un révélateur. Il met en lumière la fragilité de l'équilibre offre-demande dès lors que le thermomètre chute et que l'activité économique reprend son plein régime après les fêtes.

Dans cette analyse, nous allons décortiquer les mécanismes qui ont propulsé le prix du MWh au-dessus de la barre symbolique des 100€, et comprendre pourquoi, contre toute attente, le solaire a réussi à capturer des prix supérieurs au marché en plein cœur de l'hiver.

Analyse du marché SPOT : le retour de la tension et du risque financier

Le marché SPOT (marché journalier) est le pouls du système électrique. En janvier, ce pouls s'est accéléré, signalant un état de tension que nous n'avions plus observé depuis plusieurs mois.

Une hausse des prix pilotée par la demande

Le chiffre le plus marquant de ce mois est sans doute le prix moyen de l'électricité : 101€/MWh.

Pour bien mesurer l'ampleur du changement, il faut le comparer au mois précédent. En décembre (M-1), le prix moyen s'établissait à 68€/MWh. Nous assistons donc à une hausse massive de près de 48% en l'espace d'un mois. Ce bond ne peut pas être attribué à un effondrement de la production renouvelable (nous verrons plus loin que l'éolien s'est maintenu), mais bien à une augmentation (normale) de la consommation.

En janvier, la demande d'électricité cumule deux facteurs à la tendance haussière :

  1. Le chauffage : La baisse des températures entraîne mécaniquement une hausse de la consommation résidentielle et tertiaire.
  2. La reprise économique : Le retour à l'activité complète des industries et des entreprises après les congés de fin d'année recrée une "base" de consommation élevée.

Ce niveau de prix moyen de 101€/MWh nous place dans une configuration de "système sous tension". Si on compare avec janvier 2024 (102€/MWh), on constate une stabilité quasi parfaite d'une année sur l'autre. Cela veut dire que nous ne sommes pas dans une crise ponctuelle, mais dans une sorte de normalité haute hivernale. Le marché a intégré que le mois de janvier coûte cher et cette anticipation se reflète désormais dans les prix.

Volatilité et déséquilibre : le cauchemar des gestionnaires de risques

Si la hausse du prix moyen est une bonne nouvelle pour les producteurs qui vendent leur énergie, l'analyse de la volatilité révèle une facette beaucoup plus sombre pour les fournisseurs et les agrégateurs.

L'écart de prix maximum sur une journée (le spread) a bondi, passant de 94€ en décembre à 130€ en janvier. Concrètement, cela signifie que l'écart entre l'heure la moins chère et l'heure la plus chère d'une même journée s'est considérablement creusé.

Cette volatilité est le symptôme d'un système qui peine à s'équilibrer.

  • En décembre, l'offre était suffisamment flexible pour suivre les variations modérées de la demande.
  • En janvier, les "rampes" de consommation (le matin entre 7h et 9h et le soir entre 18h et 20h) sont devenues beaucoup plus raides. Les moyens de production pilotables (gaz, hydraulique) doivent être sollicités massivement et rapidement, ce qui fait exploser les prix marginaux sur de courtes périodes.

Le prix maximum atteint ce mois-ci en est la preuve : 214€/MWh (contre 135€ en décembre).Ces pics de prix sont extrêmement dangereux pour les acteurs mal couverts. Un fournisseur qui n'a pas anticipé la consommation de ses clients sur ces heures de pointe doit acheter les volumes manquants au prix fort sur le marché SPOT, voire subir des pénalités sur le marché de l'ajustement. Cette situation de déséquilibre, loin d'être une opportunité d'arbitrage facile, représente avant tout un coût élevé qui finit souvent par se répercuter sur la facture finale du consommateur.

La disparition des surplus : un plancher solide

L'autre indicateur clé de la tension du réseau est l'analyse des prix bas. En janvier, le marché n'a connu aucune heure à prix négatif. Le compteur reste bloqué à 0h, tout comme en décembre. Plus révélateur encore, le prix minimum du mois s'est établi à 10€/MWh (contre 0€ en décembre).

Cela signifie qu'à aucun moment de ce mois, le système ne s'est retrouvé en situation de surplus non-absorbable. Même la nuit, même les week-ends venteux, la demande était suffisante pour absorber toute la production fatale (nucléaire + EnR). Il n'y a eu aucune "respiration" du marché vers le bas.

Pour les développeurs EnR, c'est une information essentielle : le risque de voir sa production valorisée à 0€ ou pénalisée par des prix négatifs a été nul en janvier. Chaque MWh produit a trouvé preneur à un prix décent, consolidant la rentabilité des installations sur la période.

2. Focus éolien : stabilité productive, explosion de la valeur

La filière éolienne a joué un rôle pivot en janvier. Souvent critiquée pour son intermittence, elle a démontré ce mois-ci sa capacité à générer de la valeur financière, même sans battre des records de volume.

Un facteur de charge stable, mais un taux de couverture en chute

Les données de production brute révèlent un phénomène intéressant. Le facteur de charge éolien est resté remarquablement stable d'un mois sur l'autre :

  • Janvier : 30,13%
  • Décembre : 30,27%

Les parcs éoliens ont donc tourné à la même cadence, produisant sensiblement la même quantité d'énergie par MW installé. Pourtant, leur impact sur le système a changé.Le taux de couverture éolien (la part de la consommation nationale couverte par le vent) a chuté de 16,86% en décembre à 13,04% en janvier.

Comment expliquer ce paradoxe ? Si l'éolien produit autant (numérateur stable) mais couvre une part plus faible (ratio en baisse), c'est mathématiquement que le dénominateur (la consommation globale) a fortement augmenté. Ce différentiel confirme notre analyse précédente sur la demande : l'appel de puissance du réseau a été bien plus fort en janvier. L'éolien n'a pas démérité, mais il a été "dilué" dans une consommation hivernale massive.

La performance financière : un taux de capture excellent

C'est sur le plan financier que l'éolien réalise sa meilleure performance. Le prix capturé par la filière a bondi de 55€/MWh en décembre à 97€/MWh en janvier.

Mais le chiffre le plus impressionnant est le taux de capture, qui passe de 81,04% à 95,94%. Rappelons ce que signifie ce taux : il compare le prix moyen auquel l'éolien a vendu sa production par rapport au prix moyen du marché.

  • Un taux de 81% (décembre) signifie que l'éolien a subi une décote : il a beaucoup produit quand l'électricité ne valait pas cher (la nuit ou le week-end).
  • Un taux de quasi 96% (janvier) signifie que l'éolien a réussi à vendre son énergie quasiment au prix moyen du marché.

3. Focus solaire : l'anomalie positive de l'hiver

Si l'éolien a été le pilier robuste, le solaire a été la pépite inattendue de ce mois de janvier. Les chiffres de la filière photovoltaïque présentent une anomalie statistique très positive...

Un volume anecdotique...

Sans surprise, janvier n'est pas le mois du solaire en termes de volume. Avec des journées courtes et un soleil bas sur l'horizon, le facteur de charge stagne à un niveau très bas : 4,64% en janvier (contre 4,57% en décembre).

Le taux de couverture est lui aussi marginal (2,54%), le solaire ne répondant qu'à une infime fraction des besoins nationaux. À première vue, on pourrait penser que la filière est "hors jeu" pendant cette saison.

... mais une valeur unitaire record

C'est en regardant les prix que la situation devient fascinante. Le prix capturé par le solaire atteint 104€/MWh, soit supérieur au prix moyen du marché (101€/MWh).Cela se traduit par un taux de capture exceptionnel de 102,79% (contre 91,83% en décembre).

C'est un phénomène rare et contre-intuitif. Habituellement, le solaire souffre de son profil de production "en cloche" : tous les panneaux produisent en même temps à midi, créant un surplus qui fait chuter les prix à ce moment-là (taux de capture < 100%).En janvier, c'est l'inverse qui s'est produit : le solaire a vendu son électricité "plus cher" que la moyenne.

Pourquoi cette surperformance ? L'explication réside dans la structure des prix horaires en hiver. En saison froide, la consommation électrique connaît souvent un plateau élevé en milieu de journée (activité économique + pause déjeuner + chauffage). Parallèlement, la disponibilité des autres moyens de production peut être contrainte. Conséquence : les prix SPOT restent très élevés entre 10h et 15h, précisément au moment où le solaire produit ses quelques électrons.

Contrairement à l'été où le solaire "écrase" les prix de midi, en hiver, sa production est trop faible pour influencer le marché à la baisse, mais elle arrive à un moment où le marché est cher. Le solaire profite donc d'un effet d'aubaine. Il produit peu, mais chaque KWh est une "brique d'or" vendue au moment où le réseau en a le plus besoin pour soulager la tension de la mi-journée.

Pour les développeurs photovoltaïques, c'est un rappel important : la rentabilité d'un projet ne se joue pas uniquement sur les gros volumes d'été. Ces mois d'hiver, bien que faibles en production, apportent une contribution disproportionnée au chiffre d'affaires grâce à ces prix de capture élevés.

Conclusion et perspectives

Janvier 2026 s'inscrit comme un mois d'école pour comprendre les dynamiques de valorisation des énergies renouvelables dans un contexte de marché tendu.

Nous retenons trois leçons majeures pour nos clients :

  1. La demande reste le maître du jeu : c'est bien la hausse de la consommation (+29% estimée par rapport à l'offre éolienne) qui a piloté la hausse des prix et la volatilité, créant un environnement risqué pour les acheteurs non couverts.
  2. L'éolien prouve sa valeur hivernale : avec un taux de capture de 96% et des prix frôlant les 100€/MWh, l'éolien confirme son statut de pilier indispensable et rentable du mix électrique en saison froide.
  3. Le solaire n'est pas qu'une énergie d'été : avec un taux de capture supérieur à 100%, le PV démontre qu'il peut jouer un rôle d'appoint à très haute valeur ajoutée lors des pics de consommation hivernaux.