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Stockage BESS : rentabilité et pilotage data

Rédigé par Kuartz | 20/04/2026

Chez Kuartz, nous accompagnons quotidiennement des acteurs comme GLHD, TTR Energy ou Terapolis. En travaillant sur leurs outils de gestion de projet avec notre application Sunday, nous avons vu une mutation s'opérer. Le sujet n'est plus seulement de savoir comment installer des panneaux ou des mâts, mais comment gérer l'électron une fois produit. Lors de notre séminaire Kuartz 2026, nous avons posé le diagnostic : le stockage par batterie (BESS) n'est plus un accessoire, c'est le moteur de la rentabilité de demain.

Pourquoi les batteries deviennent le coeur du jeu ?


Sans stockage, on parle souvent de solaire "subi".
L'exploitant produit massivement quand le soleil brille, mais c'est précisément là que les prix de marché s'effondrent à cause de l'excès d'offre globale. On injecte alors une électricité à faible valeur, et dans certains cas, on est même contraint de stopper la production pour ne pas saturer un réseau déjà sous tension.

Le stockage BESS permet de reprendre la main en transformant cette production intermittente en énergie "dispatchable". Concrètement, si produire du solaire seul coûte environ 43 $/MWh, le fait d'ajouter une batterie pour stocker la moitié de cette électricité ajoute un coût de stockage (LCOS) qui se répercute à hauteur de 33 $/MWh sur le prix final.

Le coût total de votre mix "solaire + stockage" grimpe ainsi à 76 $/MWh. Ce montant est toutefois largement compensé par la capacité de vendre votre énergie au moment où le réseau en a le plus besoin, sécurisant ainsi des revenus bien plus élevés que lors du pic solaire de la mi-journée.

Les 4 avantages majeurs des batteries

L'intégration du stockage change radicalement la donne pour un exploitant :

  • L’équilibrage du réseau : les batteries absorbent la surproduction lors des pics pour stabiliser le système.
  • La mutualisation des actifs : on partage le foncier et les coûts de raccordement avec les projets EnR existants.
  • La diversification des revenus : le producteur génère des revenus supplémentaires en vendant son énergie au meilleur moment.
  • La rapidité de déploiement : les coûts de développement de ces installations restent relativement faibles.

État des lieux : la course mondiale et la spécificité française


Le marché du stockage est en pleine massification. Entre 2024 et 2027, les capacités mondiales installées devraient être multipliées par trois.

La domination sino-américaine

Les chiffres sont vertigineux. La Chine mène la danse avec une projection de 721 GWh installés ou en pipeline d'ici 2027. Les États-Unis suivent avec 244 GWh. À eux deux, ils verrouillent l'essentiel du marché mondial, même si la part relative de la Chine devrait légèrement baisser face à l'émergence d'autres pays.

Le cas particulier de la France

La France affiche des chiffres modestes : environ 1,8 GWh. C'est beaucoup moins que la Grande-Bretagne (56 GWh) ou l'Allemagne.

Pourquoi ce décalage ? Notre mix électrique est déjà très bas carbone (96 % début 2026) grâce au nucléaire et à l'hydraulique. Ces deux sources apportent déjà une flexibilité naturelle que nos voisins doivent aller chercher dans les batteries.

Pourtant, la tendance s'accélère. On observe une croissance nette sur le réseau de distribution français, passant de 61 MW en 2020 à 511 MW mi-2024. L'Europe tente d'ailleurs de rattraper son retard via la production de batteries lithium-ion, plus puissantes bien que parfois moins durables.

LCOS : décortiquer la rentabilité réelle


Le LCOS (Levelized Cost of Storage) est l'indicateur roi.
Il représente le coût pour déplacer un MWh d'un moment A à un moment B. En clair, il amortit l'investissement initial sur la durée de vie de l'actif.

Le standard industriel de 2026

Un projet BESS standard tourne aujourd'hui autour de 65 $/MWh. Ce chiffre repose sur des paramètres techniques précis :

  • Durée de vie : le standard est désormais de 20 ans avec un cycle complet par jour.
  • Coût du capital : environ 7 %. Les enchères de stockage offrent désormais des revenus fixes, ce qui rassure les banques par rapport aux projets "purs marchés".
  • Performance : les systèmes affichent un rendement global de 90 %.
  • Dégradation : elle est contenue à 2 % par an, seuil souvent garanti par les constructeurs.

Le calcul en conditions réelles

Prenons un parc solaire produisant 100 MWh par jour dont la moitié est stockée.

  • Coût de production solaire seul : 43 €/MWh.
  • Le coût final pour le mix (solaire + stockage) grimpe à environ 76 €/MWh.
     

La question est simple : le marché paie-t-il plus que ces 76 € ? La réponse est oui. Fin 2025 et début 2026, les prix SPOT en France ont atteint des pics à plus de 200 €/MWh pour une moyenne de 80 €/MWh. Même en été, l'écart reste attractif avec quelques pics à 150 €/MWh.

         

Pour sécuriser cette rentabilité, les projets s'appuient aussi sur les mécanismes d'ajustement (intraday) et les services système pour régler la fréquence du réseau à 50Hz.

Souveraineté : la part réelle de la Chine


Le CAPEX (investissement initial) d'un projet de stockage est d'environ 125 $/kWh. On entend souvent que cela nous rend totalement dépendants, mais le détail des coûts nuance ce propos :

  • 75 $/kWh pour l'équipement (cellules LFP, onduleurs, systèmes de sécurité), majoritairement expédiés depuis la Chine.
  • 50 $/kWh pour la construction, le génie civil et le raccordement au réseau, qui sont des prestations locales.

Si la Chine capte 60 % de l'investissement de départ, la banque locale pèse souvent plus lourd sur la durée. Sur un projet de 10 MWh, le producteur chinois touche 750 000 €. Sur 20 ans, les intérêts bancaires peuvent représenter environ 830 000 €. Surtout, les revenus d'exploitation (estimés à 4,7 M€ sur 20 ans) restent chez l'exploitant.

IA et data : les leviers Kuartz pour booster les actifs


La batterie est un objet chimique complexe dont la valeur dépend de son pilotage. L'IA et la data permettent de réduire directement le LCOS via trois leviers majeurs :

Maximiser la durée de vie

Passer de 10 à 20 ans de vie réduit le LCOS de 20 $/MWh.

  • Maintenance préventive : détecter les faiblesses avant la panne.
     
  • Optimisation des cycles : charger et décharger de manière "douce".
     
  • Gestion thermique : piloter intelligemment le refroidissement.

Améliorer l'efficacité

Gagner 5 % d'efficacité (passer de 85 % à 90 %) réduit le LCOS de 5 $/MWh. Cela demande un pilotage fin des cycles et une optimisation du rendement des onduleurs.

Réduire le risque projet

Le coût du capital est un poids énorme. En utilisant des plateformes comme Sunday, on fiabilise les données et la gestion du projet. Passer d'un taux de 10 % à 7 % grâce à cette transparence réduit le LCOS de 10 $/MWh.

Le stockage est en pleine explosion. Pour nos clients, l'enjeu est de coupler la construction de parcs avec une stratégie digitale solide. C'est ainsi qu'on transforme une contrainte réseau en un actif financier ultra-performant.

Et si on avançait ensemble ?