Février 2026 : un printemps avant l'heure et le retour précoce de l'effet cannibale
Chute brutale des prix SPOT, retour précoce des prix négatifs et fort effet cannibale. Découvrez l'analyse du marché de l'énergie de février 2026.

Le mois de février 2026 déjoue les attentes habituelles de la saison hivernale. Alors que cette période de l'année maintient généralement le système électrique sous tension en raison des besoins de chauffage, nous avons assisté à une bascule rapide vers une configuration presque printanière. Une baisse prononcée de la consommation, couplée à une production EnR très abondante, a profondément modifié la formation des prix sur le marché de gros.
Chez Kuartz, nous accompagnons les développeurs, producteurs et agrégateurs dans la gestion quotidienne de leurs actifs. Les données de ce mois de février illustrent parfaitement un phénomène bien connu de nos équipes : la gestion des volumes de production est indissociable d'une stratégie de valorisation temporelle. Produire beaucoup ne garantit plus des revenus élevés lorsque le marché est saturé.
1. Marché SPOT : un déséquilibre offre/demande précoce et prononcé

L'évolution du prix de l'électricité sur le marché journalier (day ahead) est le premier indicateur d'un changement de paradigme ce mois-ci.
Une chute lourde du prix moyen
Le prix moyen s'est établi à 46€/MWh en février, contre 101€/MWh en janvier. Cette division par deux s'explique par un déséquilibre brutal entre l'offre et la demande. La France, fortement thermosensible en raison de son volume de chauffage électrique, a vu sa consommation d'électricité baisser drastiquement sous l'effet de températures exceptionnellement douces.
En parallèle, la production d'origine éolienne et solaire a connu un bond impressionnant. Le Merit Order (l'ordre d'appel des centrales) a donc pu se passer des moyens de production thermiques les plus coûteux, tirant mécaniquement les prix vers le bas.
Le retour en masse des prix négatifs
La conséquence directe de cette abondance est le retour des heures à prix négatifs. Nous en avons comptabilisé 30 sur l'ensemble du mois de février, avec une période maximale ininterrompue de 7h. Ce phénomène est particulièrement précoce. En temps normal, la gestion des surplus devient complexe à partir des mois d'avril ou mai, lorsque la demande en chauffage disparaît totalement et que le solaire atteint des pics de production journaliers.
Bien que ces prix négatifs soient restés mesurés dans leur intensité (le plancher mensuel s'établissant à -1€/MWh), ils traduisent une difficulté ponctuelle du réseau à absorber toute l'énergie produite lors des heures creuses. Le marché montre des signes de saturation, notamment les weekends ou lors des nuits très venteuses. L'écart de prix maximum sur le mois reste constant à 130€/MWh, confirmant que la volatilité intra-journalière offre toujours des opportunités de valorisation pour les actifs flexibles, comme le stockage par batteries.
Une tendance structurelle à la baisse
Si l'on élargit, le prix moyen de 47€/MWh observé depuis le début de l'année 2026 confirme une baisse structurelle par rapport à l'année précédente (123€/MWh en février 2025). Le marché européen continue sa phase de stabilisation après les crises des années passées, retrouvant des fondamentaux économiques plus sains, même si cette nouvelle normalité exige une gestion beaucoup plus fine des actifs renouvelables.
2. Filière éolienne : d'excellents volumes frappés par l'effet de cannibalisation

Pour les exploitants de parcs éoliens, l'analyse des seules données de production pourrait laisser penser que le mois de février a été exceptionnel. La réalité financière est pourtant plus nuancée.
Une productivité très élevée
Le vent a soufflé fort et de manière régulière sur le territoire. Le facteur de charge éolien a atteint 35,1%, une hausse nette par rapport aux 29,9% enregistrés en janvier. Grâce à cette dynamique, la filière a couvert 17,5% de la demande électrique nationale. Ces volumes massifs ont joué un rôle de premier plan dans le mix énergétique du mois, assurant une base décarbonée très solide.
Le piège de la cannibalisation
Toutefois, injecter massivement de l'électricité sur le réseau au moment même où la consommation globale baisse engendre un effet économique indésirable : la cannibalisation. En février, lorsque les parcs éoliens tournaient à plein régime, ils étaient très nombreux à le faire simultanément à l'échelle européenne. Cette abondance d'électricité à coût marginal nul a fait plonger les prix du marché SPOT aux heures exactes de production.
Le résultat est sans appel. Le taux de capture de l'éolien a lourdement chuté, passant de 96% en janvier à 85% en février. Le prix capturé s'est effondré à 39€/MWh (contre 97€/MWh le mois précédent). Les producteurs éoliens ont donc vendu de grands volumes, à un prix dégradé, démontrant une fois de plus que la corrélation entre les profils de production intermittents et la baisse des prix de marché est un paramètre à intégrer impérativement dans les modèles d'affaires des développeurs.
3. Filière solaire : un réveil (pré)printanier qui se heurte à un marché saturé

La filière photovoltaïque a, elle aussi, profité de conditions météorologiques clémentes. L'allongement de la durée du jour et un ensoleillement généreux ont permis aux centrales solaires de sortir de leur stagnation hivernale.
Des indicateurs de production au vert
Les beaux jours ont logiquement fait remonter le facteur de charge du solaire à 6,8% (contre 4,6% au cœur de l'hiver en janvier). Le taux de couverture de la demande par la filière a presque doublé, atteignant 4,2%. Ces chiffres confirment le potentiel de la filière dès les premiers rayons soutenus de la fin de l'hiver.
Un effondrement de la rentabilité
Malgré ces bons volumes de production, la rentabilité de la filière s'est littéralement effondrée. Le taux de capture a plongé à 72% en février, une chute vertigineuse si on le compare à l'excellent 103% obtenu en janvier. Le prix capturé s'établit à un modeste 33€/MWh.
Comment expliquer cette dévalorisation ? Le solaire souffre de son profil de production en cloche. Les centrales injectent leur électricité en milieu de journée. Or, en février, la douceur des températures a fortement réduit les besoins de chauffage à la mi-journée. De plus, l'éolien produisait déjà à pleine puissance à ces mêmes heures. Le solaire est donc venu s'ajouter à une offre décarbonée déjà surabondante face à une demande faible. Les prix SPOT se sont écrasés autour de midi, pénalisant lourdement la valorisation de chaque MWh photovoltaïque.
Conclusion
Le mois de février 2026 illustre la complexité grandissante du marché de l'énergie. L'augmentation des capacités renouvelables crée des situations où les pics de production dévalorisent la ressource elle-même. Les épisodes de prix négatifs, autrefois cantonnés à la fin du printemps ou à l'été, font des apparitions de plus en plus précoces dans l'année.
Pour les acteurs du secteur, ces dynamiques confirment que l'optimisation des revenus repose désormais sur l'agilité. Disposer d'outils de supervision précis et de plateformes d'agrégation capables d'anticiper ces creux de marché devient indispensable pour piloter les actifs, programmer les opérations de maintenance aux moments opportuns ou activer des leviers de flexibilité.
L'approche du printemps et l'augmentation structurelle de la production solaire dans les mois à venir risquent d'accentuer ces phénomènes de saturation. Nous continuerons d'analyser ces mouvements le mois prochain pour vous aider à comprendre les tendances du réseau électrique.